Vous aviez le regard triste, l’expression vide de celui déjà englouti, le regret transpirant à travers chaque pore de votre peau, comme autrefois l’amour fou, le regret de cet amour-là.
Vous aviez le regard triste, l’expression vide de celui déjà englouti, le regret transpirant à travers chaque pore de votre peau, comme autrefois l’amour fou, le regret de cet amour-là.
“To have survived, she would have had to be either more cynical or even further from reality than she was. Instead, she was a poet on a street corner trying to recite to a crowd pulling at her clothes.”
Arthur Miller
C’est une image parmi d’autres. Parmi celles que j’aurai de vous jusqu’à la fin de ma vie. Le silence entre nous, votre regard à cet instant-là, mon coeur qui bat, et soudain le gouffre, la manière - inimitable - dont vous créez la distance, et les efforts que je dois faire ensuite, infinis, pour abolir cette distance voulue par vous, à intervalles réguliers, ces murs que vous construisez.
Ali & Steve…
LUI : L’abandon ? … Cet élan qu’il faut ? … Parfois, il faut rester des heures pour se faire oublier ; puis s’oublier à tel point que c’est l’image elle-même qui vient vous chercher… Elle apparaît, vous appuyez…
ELLE : Et moi j’étais là, avec toi…
LUI : Et vous retombez dans le monde qui vous entoure… C’était pareil avec toi. Boire des journées entières et chercher dans le désordre des villes et des nuits dangereuses, oh oui, chercher résolument, avec cette façon extrême et bornée de vouloir la vérité de l’oubli… Si je te disais qu’il fallait le coeur du coeur, la nuit de la nuit ; qu’il fallait aller derrière ce qui est derrière et que c’était là, pour moi, seulement en touchant ma limite, ma frontière, que j’arrivais à me défaire un peu de ta perte ?
ELLE : Tu dis que tu voulais me fuir… Tu dis que j’étais toujours là. Et pourtant, tu dis être parti parce que, même ensemble, même face à moi, il te semblait impossible de me rejoindre, que j’étais déjà perdue ?
LUI : Je ne sais pas moi-même… Ce que je te dis là, je me le dis pour la première fois.
Laurent Mauvignier
” Le lien ” ( Editions de Minuit )